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UN PIONNIER QUI NE JURE QUE PAR LA QUALITÉ

LAURIER DECHÊNE, MODULEX

LE SOLEIL, 8 MAI 1999

QUÉBEC – Un tour de prestidigitation réussi passe par un bon entraînement et un sens élevé du spectacle réglés suivant les besoins du public. De même, en matière de vente et d’exportation de maisons. Le PDGde Modulex et magicien amateur, Laurier Dechêne, vous le dira.

Sa société, qui exploite des bureaux à Québec, boul. Hamel, et une usine à Val-Alain, vend de par le monde, depuis plus de 20 ans, des maisons pré usinées à ossature de bois. Le produit, cependant, n’est pas une illusion, ni sa vente une mystification. Comme le magicien s’assure par la qualité de sa prestation de se produire encore, Modulex prétend vendre des maisons bien ficelées de sorte qu’on en redemande. Pendant ses 35 années d’existence, Modulex a fabriqué, pour les marchés local et international, près de 14 000 maisons. Un peu plus de 4 000 (30 %) ont été exportées en Russie, Japon, Espagne, Allemagne, Irlande, Israël, Etats-Unis, Uruguay, France, Angleterre, Suisse, Slovénie et Argentine. Entre autres.

À LA CARTE

Modulex fait des maisons qui sont antisismiques et très résistantes aux incendies au Japon, « antitermites » en Amérique centrale ou supérieurement isolées en Sibérie. M. Dechêne n’hésitera pas à proposer à un consommateur vivant dans un pays chaud une maison bardée de laine et à fenêtres à double vitrage de haut rendement thermique s’il sait qu’il emploiera un « climatiseur » pendant la saison torride et que l’énergie, chez lui, « coûte un bras ». Car elle empêchera l’air chaud d’entrer, l’air frais de sortir : « Nos maisons préfabriquées jouissent, à l’étranger, d’une excellente réputation. On se les imagine ensevelies sous la neige. Elles sont faites à la carte, livrées par conteneur en quelques semaines, puis assemblées et finies en un tournemain », raconte l’homme d’affaires. Pour réussir à l’étranger ; estime-t-il, il faut avoir l’obsession de la qualité et le devoir absolu du servie après vente. Osez la « non qualité », vous ne vendrez qu’une fois et vous passerez au « panthéon » de l’incompétence.

MARCHÉ LOCAL

Des entreprises ouest-canadiennes de même nature, devant la grande vitalité, il y a encore deux ans, des marchés d’exportation, ont tourné le regard vers l’étranger et arrêté de faire des affaires localement. « Plusieurs, hélas ! ont fait faillite », déplore M. Dechêne. Car la crise financière des dernières années en Asie leur a fait avaler leur chique. Le marché local, note le PDG, a toujours fait vivre Modulex. « Une année, dit-il, nous pouvons produire 100, voire 400 ou 500 maisons pour le marché mondial. L’année d’après, aucune. » C’est pourquoi, selon lui, il ne faut pas méconnaître le marché national. « L’an passé, du fait du krach asiatique, nos exportations ne représentaient que 10 % de notre chiffre d’affaires par opposition à 90 % il y a cinq ans », reprend M. Dechêne, qui note cependant un « bon début d’année sur les marchés local et international ». Il y a vingt ans, se rappelle-t-il, partout on se gaussait de ce qu’il voulait vendre des maisons à l’étranger. Des chaussures, c’était concevable. Mais des maisons, c’était une aberration.

Aussi, était-il seul. Sans aide expresse de l’État, il lui a fallu compter sur ses propres moyens. Et croire. Se lever souvent la nuit pour communiquer par téléphone avec des clients dont la journée était déjà commencée. À l’époque, ni télécopieur ni Internet. C’était dur. Aujourd’hui, constate-t-il, ceux qui ont envie d’exporter ont du renfort. Ils ne sont plus seuls. La Société d’habitation du Québec, les ministères québécois des Ressources naturelles, de l’Industrie et du Commerce (MIQ), la Société canadienne d’hypothèques et de logement, le Bureau de promotion des produits forestiers du Québec (Q-Web), Industrie Canada et APCHQ Exportation mettent l’épaule à la roue.

INTERNET

M. Dechêne passe progressivement le flambeau de l’entreprise à son fils Martin, 26 ans. Celui-ci est vice-président « commerce international ». Internet rend, à toutes fins utiles, Shanghai et Tokyo aussi proches de Québec que ne le sont Montréal et Ottawa. Martin reçoit, dans la nuit, un courriel d’un des 22 dépositaires Modulex à travers le monde, il donne une réponse précise dans l’heure.

Gilles Angers